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BertrandGobin.com / Journalisme Edition Investigation

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Le blog de Bertrand Gobin, journaliste indépendant, éditeur

De nouveaux éléments accablent Edouard Leclerc

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Au début de l'été, Michel-Edouard Leclerc a sollicité un rendez-vous avec le préfet du Finistère afin de lui demander pourquoi il s'était opposé à ce que son père soit décoré de la Légion d'honneur. Pascal Mailhos connaissait les faits de collaboration reprochés à l'homme d'affaires sous l'Occupation. Mais son avis n'a pas été suivi par l'Elysée, l'intéressé s'en était d'ailleurs plaint auprès de Claude Guéant. Privilégiant ses bonnes relations avec Leclerc fils - n'oublions pas qu'il est l'un de ceux qui lui avaient inspiré le thème de sa campagne sur le pouvoir d'achat -, Nicolas Sarkozy, Grand maître de l'Ordre national, avait choisi de passer outre l'avis préfectoral.

En complément des multiples éléments de preuve déjà en ligne sur ce site, la mise au jour de nouvelles pièces de ce dossier atteste des raisons pour lesquelles l'ancien patron des RG, nommé dans le Finistère en juillet 2008, ne pouvait approuver la remise de décoration à l'épicier de Landerneau. Lequel, rappelons-le, a échappé à son procès sur la base d'une certificat médical de complaisance l'ayant déclaré "irresponsable des ses actes".

Voici donc, en exclusivité, ce que le fils Leclerc a pu apprendre lors de son rendez-vous à la préfecture de Quimper.

Répertoriée aux archives sous le numéro de versement 1045W7, la déposition du nazi Herbert Schaad, adjoint du chef du Kommando de Landerneau, est accablante pour Edouard Leclerc. Son nom figure en effet noir sur blanc parmi ceux des 19 membres français de ce Kommando chargé de mener la chasse aux résistants.

Le procès-verbal d'audition de l'officier SS liste par ailleurs dans le détail les 26 opérations menées entre le 15 avril et la fin juin 1944. Le nom d'Edouard Leclerc apparaît dans trois de ces affaires. Voici les extraits du PV :

 Arrestation des Gars d'Arvor

- "Un soir, le jeune Edouard Leclerc, qui m’avait auparavant fourni des renseignements, est venu me trouver à la Kommandantur pour me signaler une liste de personnes de Landerneau qui s’absentaient fréquemment la nuit et qui devaient faire partie de la Résistance. Sur cette liste figurait le nom de Paugam père. Leclerc nous accompagna pour nous indiquer les domiciles des personnes qu’il avait désignées. Cinq ou six arrestations furent opérées, dont celle de Henri Lagadec qui nous avait été signalé par Corre."

Affaire Liserin

- "Ce n’est pas Mme Liserin mais Edouard Leclerc qui nous a signalé que Lucien Liard était communiste et faisait partie de l’association « Les Faucons Rouges ». A cette occasion, Edouard Leclerc nous signala également que M Hourdet, Directeur Général de l’Office Central avait touché du blé en supplément et nous a laissé entendre que cela lui permettait de ravitailler le maquis."

Arrestation de Le Page

- "Edouard Leclerc est venu à plusieurs reprises à la Kommandantur. Il m’a dit qu’il était un fervent partisan de la collaboration et que c’était pour cela qu’il me faisait des offres de service.

Quelques temps plus tard, me disant qu’il était repéré et que c’était trop dangereux de venir à la Kommandantur, il me fixa des rendez vous dans le cimetière. Mais je n’attachais pas une grande importance à ce qu’il me disait.

Il m’annonça un jour que le gardien du cimetière Le Page lui aurait offert un pistolet. Les frères Le Page furent arrêtés puis relâchés sur l’intervention du père de Edouard Leclerc.

Il me signala également un dépôt d’armes dans le cimetière, mais nous n’avons rien trouvé. Il dénonça Le Lann qui avait rejoint le maquis.

Enfin, il me remit une liste sur laquelle figuraient des noms dont celui du père Pengam, des deux frères Corre. Edouard Leclerc nous accompagna pour effectuer ces arrestations, mais je ne crois pas qu’il ait revêtu l’uniforme allemand pour cette occasion."

Edouard Leclerc en uniforme allemand

Cette dernière précision laisse à penser que si "pour cette occasion", Leclerc ne revêtait pas l'uniforme, il le revêtait pour d'autres. Une information à rapprocher de deux témoignages. Tout d'abord, les propos, dignes de foi, de deux personnes de Landerneau (frère et soeur) recueillis par l'historien Joël Le Bras* et  qui lui ont spontanément affirmé avoir vu un soir Leclerc circuler en uniforme allemand dans les rues de Landerneau. Ensuite, le témoignage de Paul Leclerc, le propre frère d'Edouard, qui a déclaré être un jour tombé nez-à-nez sur son frère, armé d'une mitraillette, qui accompagnait des Allemands lors d'un contrôle à un carrefour. Paul Leclerc, qui à l'époque des faits partageait sa chambre avec Edouard, a par ailleurs raconté comment, à la nuit tombée, une fois la maison endormie, il arrivait à son frère de descendre par la fenêtre, aidé d'une corde à noeud, pour aller rejoindre Schaad.

* Joël Le Bras est co-auteur des Chroniques de la guerre 1939-1945 dans le Finistère en six volumes.

 

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saout 04/02/2016 16:15

Ma grand mère a été jugée pour les même faits lettre envoyé à Morlaix pour dénoncer des résistants , elle a été jugée et incarcérée à Rennes entre 1945 et 1950 puis interdite de séjour dans le finistère Arlette

Zemour 13/09/2010 13:57


Si ses faits sont vrais cela me donne envie de vomir.

Si j'avais eu l'honneur d'avoir la Légion d'honneur, je la retournerais franco de port à l'envoyeur.

Bravo pour votre courage MONSIEUR LE JOURNALISTE.


cimadore 12/09/2010 22:14


quelle honte de voir ce personnage qui se prendre pour un roi mais le roi de quoi?
de la manière de vouloir savoir j'espère qu'il aura compris et j'en doute fortement, vu l'étroitesse de ses raisonnements qui est tout pour moi et rien pour les autres
quelle belle france et merci monsieur le président pour l'honneur que vous faite a ce petit personnage!!!!!!
ceci est méditer
cimadore45